Les élus de droite du Pays basque français ne sont toujours pas rentrés de vacances. Ils n'ont rien entendu, la veille du week-end du Premier de l'An, quand ETA a fait sauter une voiture lestée de 200 kg d'explosifs à l'aéroport de Madrid, tuant deux ressortissants équatoriens dans leur voiture en stationnement. Ou alors ce bruit fut tellement assourdissant que leurs oreilles en sont encore occluses, leur voix aphone et leurs mains paralysées. Dix jours après, ils sont toujours en vacance et leur silence n'en est que plus assourdissant !
Brigitte Pradier, une conseillère municipale d'opposition de Biarritz, se prenait récemment à espérer qu'ils n'auraient pas la mémoire aussi courte et que les maires de Bayonne, Anglet et Biarritz, au moins, s'honoreraient en condamnant un attentat qui renvoie à la période la plus sinistre du terrorisme basque, à défaut de demander aux meurtriers de déposer enfin les armes. S'ils devaient le faire, puissent-ils au moins éviter de choisir la date de mercredi, premier jour des soldes !
Les socialistes français, qui ont eux réagi à l'attentat et apporté leur soutien à Zapatero, en profitent au passage pour s'étonner du silence de ces élus locaux dont ils se demandent si la cause ne tient pas à leurs alliances électorales avec les abertzale. En clair, Didier Borotra serait, par amitié, pieds et poings liés avec Jakes Abeberry et le groupe AB; Robert Villenave, par arithmétique électorale, l'otage des nationalistes PNV et AB; et Jean Grenet, par opportunisme, le chantre du multiculturalisme en général et du PNV en particulier.
La fait est que Jean Grenet, qui signe à tour de bras des conventions avec l'Office public de la Langue basque et demande à l'Assemblée nationale l'inscription de la langue basque -et des autres langues régionales- à l'article 2 de la Constitution comme langue officielle de la République, au même titre que le français (langue constitutive, elle, de l'unité de cette même République), veut se poser ainsi, aux yeux des nationalistes, comme le seul défenseur de leur identité. Et s'attirer, sinon leurs bonnes grâces, du moins leur neutralité quand il s'agira de s'opposer à leur adversaire déclaré, le socialiste Jean Espilondo, aux prochaines législatives.
Pur calcul, donc. Mais l'on aurait pu penser que cet homme politique, dont la sincérité démocratique n'est nullement mise en cause, aurait pu se fendre d'une prise de position face au terrorisme basque. Même chose pour Robert Villenave. Mais lui s'accroche à ses alliances constitutives comme à une bouée de sauvetage dans la houle des municipales qui approchent. Même chose toujours pour Didier Borotra, fourrier par ailleurs des échanges avec l'Amérique latine, qui ne s'émeut pas des victimes de l'aéroport de Madrid. Mais chez lui, l'amitié tourne à l'aveuglement. L'alliance électorale tourne à la cogestion politique de la cité avec des nationalistes qui eux, très ostensiblement, se refusent à condamner l'attentat et la fin du "cessez le feu".
Il y a pourtant des moments où il faut choisir. Entre l'amitié et la démocratie, entre l'honnêteté et la compromission, entre le courage et la veulerie électorale.
Parce qu'il ne faut pas s'y tromper, les alliés muncipaux de AB sont de la même eau que les militants de Batasuna. Ils différent sur le terrain de la violence en ne l'approuvrant pas, mais en ne la condamnant pas non plus, mais les rejoignent sur les objectifs. Lors de leurs assises tenues en novembre dernier à Hélette, ils ont bien fait sentir que leur stratégie électorale était celle de l'entrisme, par le biais des élections locales ou de l'action associative. Pour un de leur porte-parole, Peio Etcheverry-Ainciart, c'est la voie qui leur permettra de progresser vers leurs objectifs majeurs : la langue, le rapprochement des prisonniers et la construction nationale (un pays basque, Euskal Herria, composé de ses sept provinces, dont la Navarre et le Pays basque français).
Pour ce qui est des deux derniers points, il s'agit là tout bêtement des revendications d'ETA et de Batasuna. La langue, c'est tout simplement l'histoire du petit doigt : vous le mettez dans la mécanique et c'est la main et tout le bras qui y passent ensuite.
Pour l'Observatoire du Pays basque (www.obpb.over-blog.com) : Christian Aguerre
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