L'étude paraît tout à fait juste dans ses grandes lignes, mais très "datée", et particulier en ce qui concerne l'organisation cloisonnée de ce groupe terroriste.
L'enquête laisse penser que la structure organisationnelle actuelle est récente, or sa refonte remonte au moins à la fin de 1999 et au début de 2000, à l'époque d'"Inaki de Renteria", de "Baltza" et de "Txapote". Elle s'est ensuite formalisée en 2005, après les coups de boutoir que subit ETA tout au long de l'année 2004.
En 2000, la restructuration commence par un "mariage", une mixité des commandos "légaux" (les non fichés par la police) et "illégaux" (dont la plupart se sont enfuis en France). Alors que les tâches étaient bien segmentées entre les deux branches (les premiers font de l'information, du repérage ou prêtent des voitures et louent des appartements en Espagne; les seconds sont les tueurs ou poseurs de bombes), elles commencent à s'indifférencier à partir de cette époque.
La raison en est double et les deux auteures de l'enquête l'indiquent bien : déjà, à cette époque, le recrutement est de plus en plus aléatoire et les vocations diminuent; et l'action policière a tendance à tarir les sources; face à cette situation, les chefs d'ETA décident de "serrer les boulons" et de réduire les risques en limitant les effectifs opérationnels.
Le phénomène ira en s'accentuant pendant les premières années de la décennie 2000 : devant l'hémorragie dans les rangs de l'organisation causée par les services antiterroristes, les responsables vont multiplier les mesures de sécurité, abandonnant même parfois à leur sort des semi-clandestins, coupant les ponts pour éviter les effets dominos causés par les arrestations. La découverte, à Bergerac et à Tarbes, en 2002 et 2003, des archives de "Susper", va conduire à durcir ces mesures.
C'est à cette époque que des commandos sont presque livrés à eux-mêmes et ou le rajeunissement des effectifs et le manque de formation (et de sang froid) conduisent certains d'entre eux à tirer sur des gendarmes dans le sud-ouest de la France. Le phénomène ne date donc pas d'aujourd'hui.
Pas plus que la formation et la méthode d'action des ces commandos : ils n'ont jamais, de tout temps, été plus de deux ou trois à intervenir en Espagne et à revenir ensuite en France. Deux ou trois, c'est le "gabarit" d'un commando type. Et trois ou quatre, c'est le "gabarit" d'un "stage" ou d'une formation dans la réserve.
L'article du Monde indique qu'ils sont "un peu moins de 300 dans cette réserve". C'est faux, ou ce chiffre résulte d'une faute de frappe et d'un zéro de trop.
En 2007, les services de la lutte antiterroriste estimaient que les commandos installés en "réserve" étaient au nombre de trois et que le nombre des "illégaux", vivant donc clandestinement, sous de fausses identités, en France, étaient d'une quarantaine. Ce qui signifie que la "réserve" ne comprend que 10 à 12 clandestins en formation (maniement des armes, installation des systèmes de mise à feu sur les explosifs, vol de voitures) et que l'effectif etarra clandestin en France ne dépasse pas aujourd'hui la centaine de personnes.
Les auteures de l'enquête ont toutefois certainement raison de dire que les responsables militaire, logistique et politique d'ETA ont structuré leurs commandos autour de missions précises : l'attentat (à la bombe ou à l'arme à feu, avec l'aide de légaux dans les provinces basques, ou par leurs propres moyens, ailleurs), ou de façon ciblée, avec des commandos "spéciaux", lorsqu'il s'agit de braquages d'entreprises spécialisées dans les produits nécessaires à leur entreprise de mort (explosifs, matériels d'imprimerie, armes, etc.).
Elles me semblent par contre se tromper lorsqu'elles parlent de la base découverte à Cahors le 1er septembre 2007, où se trouvait le nouvel artificier de l'organisation, "Lucas". Elles indiquent qu'elle cumulait "plusieurs activités, ce qui n'est pas habituel". Eh bien si, lorsqu'il s'agit, comme c'était le cas, de la base logistique de l'appareil militaire.
L'appareil militaire possède en effet une branche logistique (son intendance immédiate, en quelque sorte) qui permet de mettre de la distance avec l'appareil logistique proprement dit. C'est ce dernier qui, notamment, approvisionne l'appareil militaire. Trop de proximité, trop de porosité risquerait de fragiliser cet appareil logistique qui reste la clef de voute de l'organisation : sans lui, ETA n'est rien.
Et puis, pour finir, pourquoi ne pas dater le texte de Sanchez del Arco. Cela permettrait de dire qu'il n'y a vraiment rien de nouveau sous le ciel d'ETA.
Il date de novembre 1996, alors qu'elle se cache avec "Karpov" Juan Maria Insausti Mugica dans la région de Bordeaux. Tous deux ont reçu à deux reprises la visite d'un "stalinien" de l'organisation, mis en place, faute de mieux, par "Inaki de Renteria", à la tête de la logistique. Il a été raparié d'Amérique latine pour pallier les vides de l'organisation après l'arrestation de "Pototo" et du français Daniel Derguy. Il ne connaît rien à la vie clandestine qu'endurent les membres d'ETA et les soumet à une quasi-inquisition. Cela va d'ailleurs provoquer le suicide, à moitié réussi-raté de "Karpov", sous les yeux de Del Arco.
Là encore, les procès d'intention, les problèmes d'argent, ou les critiques (dans son journal, l'etarra, évoque même les confidences d'"Anboto" qui lui confiait avoir souffert "dans l'organisation plus que dans n'importe quel autre endroit"), ne datent pas d'aujourd'hui.
Tout cela pour dire qu'ETA est dans une situation de grande faiblesse. Aujourd'hui. Comme en 1992, quand elle perdit d'un seul coup sa direction. Comme en 1996. Comme en 2000. Comme en 2004. A chaque fois que son appareil logistique, mais aussi politique, ou plusieurs de ses branches militaires ou autres, furent démantelés...Comme en 2008, certainement, si l'on poursuit cette règle de "tous les quatre ans", quand, un jour ou l'autre, on trouvera l'endroit, la cache, le zulo, où se fabriquent ses explosifs, ou se cache "Txeroki", ou Josu Ternera lire lee ficelles et ou "Thierry", Francisco Javier Lopez Pena, fait ses achats...
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