Lundi 2 avril 2007
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16:55
Les demandes de cours de langue,de moyens pour un centre culturel, d'un département supplémentaire, de formations lingusitiques pour adultes, de musique, de bibliothèque, de cours de danse, d'une chambre d'agriculture, de logements sociaux, font partie dans toutes les régions de France de revendications légitimes d'une société apaisée.
Vous ajouter l'adjectif basque à toutes ces revendications et d'un seul coup la discussion se tend, les manifestations sont plus nerveuses, que ce soit dans la gare de Bayonne pour la double signalisation, ou à Biarritz pour le salon de l'immobilier. Naturellement, dans le pays basque français, les élus se déplacent sans gardes du corps, mais il règne sur les revendications "nationalistes" une tension qu'il vaut la peine d'analyser, si l'on ne veut pas qu'elle envenime davantage la vie politique.
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Le nationalisme est un système de pensée, une idéologie, qui estime que tout peuple a droit à un gouvernement et qu'un peuple sans gouvernement a le droit d'utiliser tous les moyens du combat politique pour l'obtenir.
Le nationalisme des peuples dominés s'est développé avec la montée des systèmes démocratiques. Le pouvoir politique se démocratisait jusqu'à l'ensemble du corps social, indépendamment du statut, de la religion, du sexe. Mais cette citoyenneté s'arrêtait aux peuples dominants. Un ouvrier agricole protestant avait le droit de vote, mais pas son propriétaire s'il était catholique. Le manoeuvre français d'Algérie avait sa carte électorale, mais pas le directeur de l'école coranique. Quand les habitants d'une région dominée ont la conviction que seul un gouvernement à eux pourra leur donner égalité des droits, rien n'est plus urgent que d'obtenir un tel gouvernement. Le nationalisme culmine donc avec la revendication d'indépendance. Sans cette revendication, les demandes identitaires ne sont que régionalisme.
C'est le nationalisme qui crée les peuples et non pas l'inverse. Le nationalisme est un mouvement politique fondé sur l'idée qu'un peuple n'est pas libre tant qu'il ne dispose pas d'un drapeau, d'une armée, d'ambassades. Si ce peuple existe avec son territoire, sa langue, sa religion, sa culture, tant mieux. Si ce peuple n'existe pas, il faut l'inventer. Les peuples qui existent n'ont pas toujours de revendications nationalistes comme en témoignent les peuples de Suisse. Des peuples qui n'existaient pas sont devenus des réalités par la volonté politique de leurs dirigeants, comme le peuple palestinien et le peuple israélien.
Rien n'est plus important pour le nationalisme que d'appuyer son action sur l'identité d'un peuple éternel. La langue, la religion, le territoire, deviennent de précieux instruments de mobilisation. La première activité nationalisme est l'archéologie. On fouille le terrain pour trouver les "preuves" de l'existence du peuple dans la nuits des temps. Les archéologues juifs et irlandais sont des spécialistes reconnus dans la profession.
Un peuple doit avoir un gouvernement. Un gouvernement doit avoir un peuple. Si possible homogène. Toute diversité devient un danger potentiel pour la revendication nationale. Les revendications nationalistes sont sectaires, pas par méchanceté, mais par définition. Avec l'aboutissement des revendications nationales se constituent un gouvernement et un peuple "homogènes" où tous ceux qui ne correspondent pas à la définition ne sont pas citoyens du nouvel état. En 1920, en Irlande, l'état du Sud devint un état catholique où les protestants se retrouvèrent étrangers du jour au lendemain et l'état du Nord un état protestant où les catholiques se retrouvèrent étrangers du jour au lendemain. La vie politique est structurée par la préférence nationale et les équivalents de Le Pen en Irlande se somment Gerry Adams et Ian Paisley. Les sociétés qui en découlent sont totalitaires. Une femme adultère est une "mauvaise" irlandaise et un homosexuel un "mauvais" unioniste. Il faut longtemps, très longtemps, pour se sortir de cet enfermement.
Les nationalistes basque rejouent dans le territoire de la République française une histoire qui a été une nécessité et un drame. Ils réinventent un impérialisme, l'impérialisme français, qui a mis en prison ces héros de la lutte pour l'indépendance que furent Gabriel Mouesca et Philippe Bidart, refuse un département basque, chipote les moyens accordés à la culture basque et envoie les jeunes basques émigrer de Saint-Pée sur Nivelle à Biarritz ou de Cambo à Bayonne. Ils se battent en permanence pour "construire" un peuple basque par la langue, le territoire (avec un département pour commencer), une volonté politique. Ils définissent un peuple et eux seuls ont le droit de le définir. Est basque celui qui parle basque ou a envie de le parler, ou envoie ses enfants dans une ikastola. Est basque celui qui estime légitime la revendication d'unité entre le pays basque "sud" et le pays basque "nord". Est basque celui qui demande le rapprochement des prisonniers "politiques". La "basquitude" génétique a reculé, mais elle est remplacée par une définition culturelle et politique. Ceux qui n'entrent pas dans cette définition ne sont pas basques. Ils peuvent habiter le territoire depuis la nuit des temps. Ils peuvent parler, chanter et danser basque. S'ils s'opposent aux objectifs politiques des nationalistes, ils ne sont pas basques. Au pays basque espagnol, ils doivent parfois émigrer, sous la menace. Au pays basque français, jusqu'à présent, seuls les agences immobilières et Alain Ducasse, dans la période la plus récente, ont expérimenté la violence de la définition.
Les nationalistes basques, ceux qui se battent en permanence pour des écoles aussi enfermées que les écoles juives ou musulmanes, qui refusent en permanence de condamner leurs frères qui terrorisent de l'autre côté de la frontière, qui menacent et tuent des poètes, des élus, des journalistes, avancent leurs pions. Tout est étape vers l'indépendance. Ils sont indignés quand ils rencontrent des résistances à leur orientation. Mais c'est à eux de nous dire qu'ils n'ont rien à voir avec le nationalisme de leurs compagnons du sud, rien à voir avec une définition étroite du "peuple basque", rien à voir avec ceux qui distribuent des "cartes d'identité" basques, qu'ils condamnent le terrorisme et la terreur comme moyen d'action. Qu'ils cessent les touristes comme des "étrangers" et le tourisme comme une activité "étrangère". C'est à eux de parler et à nous de poser ces questions tant qu'elles n'auront pas reçu de réponse.
Maurice Goldring
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