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basque

Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 21:06
J'enrage d'avoir confondu l'Atalante et l'Autre cinéma et de n'avoir pas pu trouver de place, ce vendredi soir pour la projection avec débat de "Terreur d'Etat au pays basque". J'enrage de n'avoir pas pu voir (dites-moi, Jean-Pierre Saint-Cricq, n'eût-il été pas mieux de programmer cela dans la grande salle ?) ce documentaire et de n'avoir pu participer à l'échange de points de vue qui suivait.
Tout ça pour dire que, journaliste à l'époque, je fus de ceux qui considérèrent -et continuent à considérer- qu'un état de droit ne se conçoit que s'il n'utilise pas les méthodes de l'adversaire, à savoir celles du terrorisme. Car ce ne fut rien d'autre que ce lâche "abattage" d'hommes dans des bars, dans des rues ou des entreprises. Sans compter que, sur le plan strictement policier -dixit l'un d'eux- ce fut une "belle connerie technique" car elle fit disparaître "dans la nature" bon nombre de ceux que les services antiterroristes de l'époque suivaient à la trace...
Je fus aussi de ceux qui considérèrent, à voir les yeux de la compagne de "Txapela", brandissant le poing dans le jaï alaï de Saint-Jean de Luz, le jour de l' "hommage" rendu par plusieurs centaines de sympathisants -et bon nombre d'etarras, présents dans l'enceinte- à son compagnon assassiné, qu'il faudrait qu'un jour une "solution politique" soit trouvée. C'était au début de 1984.
Tous ceux qui, comme moi, furent ulcérés, ne supportèrent pas qu'un Etat, l'Etat espagnol, se conduise comme les terroristes qu'il devait combattre au nom de la démocratie, qui se mirent à penser, d'évidence, que cet Etat ou ses sbires et nervis étaient aidés par des fonctionnaires français, furent à un moment ou un autre, aveuglés par, non pas leurs "bons sentiments", mais le sens élémentaire des droits de l'homme.
Ces assassinats étaient, sur le sol français, tellement énormes, qu'ils occultèrent ce qui se passait de l'autre côté de la frontière. On exerçait ici une peine capitale (27 morts, dont six -étudiants, berger, vacancière, cheminot, etc.- n'avaient rien à voir avec ETA) sur des hommes qui ne méritaient qu'un procès et une condamnation quand ils étaient coupables et on en oubliait que leurs amis exécutaient massivement des hommes, des femmes et des enfants en Espagne. On occultait, ou on ne voulait pas voir les massacres d'Espagnols innocents, tout entiers tendus dans le rejet de cette terreur d'Etat à l'égard des etarras.
C'est ce que j'aurais bien aimé vouloir rappelé ce vendredi soir, lors du débat.
Rappeler que, dans le même temps où l'on abattait des membres, présumés ou non d'ETA à Saint-Jean de Luz, Itxassou, Bayonne ou Biarritz, 12 élèves de la Garde civile sautaient et mourraient en 1986 dans leur autobus à Madrid; que 21 personnes, des femmes, des enfants, mourraient à Barcelone dans l'attentat de l'Ypercor; que 11 autres, dont quatre enfants, mourraient à Saragosse dans un attentat contre une caserne.
En clair : la terreur d'Etat ne doit pas faire oublier les terroristes de l'autre côté. Aujourd'hui, la terreur d'Etat a disparu. Les terroristes d'ETA, eux, continuent à tuer. 
Par christian aguerre - Publié dans : basque
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Samedi 9 juin 2007 6 09 /06 /Juin /2007 18:01

Sud Ouest du 24 mai 2007. Les élus abertzale de la ville de Biarritz sont contents de leur participation à la majorité municipale. Leur présence a servi la cause de la langue et de la culture basques. Ils ont obtenu une ikastola, des sections bilingues basque-français, une crèche bascophone et une signalisation routière bilingue. Sur les objectifs politiques, sur la situation du processus de paix au pays basque espagnol, sur la violence armée, sur les prisonniers, pas un mot, le silence, le vide, le néant, le désert.

Abertzale signifie patriote. Il semblait à beaucoup que le nationalisme basque consistait à obtenir l'indépendance d'un pays basque unifié, nord et sud. Que les luttes culturelles n'étaient qu'un aspect de luttes politiques qui les englobaient, qu'elles visaient à la construction d'une nation,  que les luttes pour la langue et la culture basques  n'étaient que les pierres d'une "construction nationale", qu'elles visaient la construction d'un état indépendant, regroupant les sept provinces du pays basque. La langue, le rapprochement des prisonniers "politiques", la demande d'un département basque, n'étaient que des étapes sur la route menant à l'indépendance. Eh bien, pas du tout, silence sur ces objectifs. Mais alors tous ces morts, ces bombes, ces voitures piégées, ces milliers d'années de prison, ces sacrifices, ces héros qui ont sacrifié leur vie ou leur liberté, ce n'était que pour une ikastola à Biarritz et une crèche bascophone ? Huit cents morts pour que cinq employés de la ville puissent suivre une formation en basque ? Huit cents morts pour que le panneau d'accueil de Biarritz se lise aussi Miarritze ?

Cette même semaine se sont tenues en Espagne des élections municipales. Au pays basque, des affiches "électorales" comportaient des listes de noms suivies des numéros de téléphone personnels, avec encouragements aux lecteurs à téléphoner aux "crapules"  pour les insulter et les menacer. Au pays basque, à une demi-heure de voiture de Biarritz. Là-bas, on sait ce que c'est de lire son nom sur une telle affiche. Il faudra désormais des gardes du corps pour aller acheter le journal. Certains vivent ainsi depuis dix ans et plus. Leurs frères du nord se taisent et ne condamnent pas. Ils n'aprouvent pas. Ils regardent ailleurs. Ils sont contents du panneau qui dit Miarritze au lieu de Biarritz... 

Par Maurice Goldring - Publié dans : basque
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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /Avr /2007 16:55

Les demandes de cours de langue,de moyens pour un centre culturel, d'un département supplémentaire, de formations lingusitiques pour adultes, de musique, de bibliothèque, de cours de danse, d'une chambre d'agriculture, de logements sociaux, font partie dans toutes les régions de France de revendications légitimes d'une société apaisée.

Vous ajouter l'adjectif basque à toutes ces revendications et d'un seul coup la discussion se tend, les manifestations sont plus nerveuses, que ce soit dans la gare de Bayonne pour la double signalisation, ou à Biarritz pour le salon de l'immobilier. Naturellement, dans le pays basque français, les élus se déplacent sans gardes du corps, mais il règne sur les revendications "nationalistes" une tension qu'il vaut la peine d'analyser, si l'on ne veut pas qu'elle envenime davantage la vie politique.

                                                                 *

Le nationalisme est un système de pensée, une idéologie, qui estime que tout peuple a droit à un gouvernement et qu'un peuple sans gouvernement a le droit d'utiliser tous les moyens du combat politique pour l'obtenir.

Le nationalisme des peuples dominés s'est développé avec la montée des systèmes démocratiques. Le pouvoir politique se démocratisait jusqu'à l'ensemble du corps social, indépendamment du statut, de la religion, du sexe. Mais cette citoyenneté s'arrêtait aux peuples dominants. Un ouvrier agricole protestant avait le droit de vote, mais pas son propriétaire s'il était catholique. Le manoeuvre français d'Algérie avait sa carte électorale, mais pas le directeur de l'école coranique. Quand les habitants d'une région dominée ont la conviction que seul un gouvernement à eux pourra leur donner égalité des droits, rien n'est plus urgent que d'obtenir un tel gouvernement. Le nationalisme culmine donc avec la revendication d'indépendance. Sans cette revendication, les demandes identitaires ne sont que régionalisme.

C'est le nationalisme qui crée les peuples et non pas l'inverse. Le nationalisme est un mouvement politique fondé sur l'idée qu'un peuple n'est pas libre tant qu'il ne dispose pas d'un drapeau, d'une armée, d'ambassades. Si ce peuple existe avec son territoire, sa langue, sa religion, sa culture, tant mieux. Si ce peuple n'existe pas, il faut l'inventer. Les peuples qui existent n'ont pas toujours de revendications nationalistes comme en témoignent les peuples de Suisse. Des peuples qui n'existaient pas sont devenus des réalités par la volonté politique de leurs dirigeants, comme le peuple palestinien et le peuple israélien.

Rien n'est plus important pour le nationalisme que d'appuyer son action sur l'identité d'un peuple éternel. La langue, la religion, le territoire, deviennent de précieux instruments de mobilisation. La première activité nationalisme est l'archéologie. On fouille le terrain pour trouver les "preuves" de l'existence du peuple dans la nuits des temps. Les archéologues juifs et irlandais sont des spécialistes reconnus dans la profession.

Un peuple doit avoir un gouvernement. Un gouvernement doit avoir un peuple. Si possible homogène. Toute diversité devient un danger potentiel pour la revendication nationale. Les revendications nationalistes sont sectaires, pas par méchanceté, mais par définition. Avec l'aboutissement des revendications nationales se constituent un gouvernement et un peuple "homogènes"  où tous ceux qui ne correspondent pas à la définition ne sont pas citoyens du nouvel état. En 1920, en Irlande, l'état du Sud devint un état catholique où les protestants se retrouvèrent étrangers du jour au lendemain et l'état du Nord un état protestant où les catholiques se retrouvèrent étrangers du jour au lendemain. La vie politique est structurée par la préférence nationale  et les équivalents de Le Pen en Irlande se somment Gerry Adams et Ian Paisley. Les sociétés qui en découlent sont totalitaires. Une femme adultère est une "mauvaise" irlandaise et un homosexuel un "mauvais" unioniste. Il faut longtemps, très longtemps, pour se sortir de cet enfermement.

Les nationalistes basque rejouent dans le territoire de la République française une histoire qui a été une nécessité et un drame. Ils réinventent un impérialisme, l'impérialisme français, qui a mis en prison ces héros de la lutte pour l'indépendance que furent Gabriel Mouesca et Philippe Bidart, refuse un département basque, chipote les moyens accordés à la culture basque et envoie les jeunes basques émigrer de Saint-Pée sur Nivelle à Biarritz ou de Cambo à Bayonne. Ils se battent en permanence pour "construire" un peuple basque par la langue, le territoire (avec un département pour commencer), une volonté politique.  Ils définissent un peuple et eux seuls ont le droit de le définir. Est basque celui qui parle basque ou a envie de le parler, ou envoie ses enfants dans une ikastola. Est basque celui qui estime légitime la revendication d'unité entre le pays basque "sud" et le pays basque "nord". Est basque celui qui demande le rapprochement des prisonniers "politiques". La "basquitude" génétique a reculé, mais elle est remplacée par une définition  culturelle et politique. Ceux qui n'entrent pas dans cette définition ne sont pas basques. Ils peuvent habiter le territoire depuis la nuit des temps. Ils peuvent parler, chanter et danser basque. S'ils s'opposent aux objectifs politiques des nationalistes, ils ne sont pas basques.  Au pays basque espagnol, ils doivent parfois émigrer, sous la menace. Au pays basque français, jusqu'à présent, seuls les agences immobilières et Alain Ducasse, dans la période la plus récente, ont expérimenté la violence de la définition.

Les nationalistes basques, ceux qui se battent en permanence pour des écoles aussi enfermées que les écoles juives ou musulmanes, qui refusent en permanence de condamner leurs frères qui terrorisent de l'autre côté de la frontière, qui menacent et tuent des poètes,  des élus, des journalistes, avancent leurs pions. Tout est étape vers l'indépendance.  Ils sont indignés quand ils rencontrent des résistances à leur orientation.  Mais c'est à eux de nous dire qu'ils n'ont rien à voir avec le nationalisme de leurs compagnons du sud, rien à voir avec une définition étroite  du "peuple basque", rien à voir avec ceux qui distribuent des "cartes d'identité" basques, qu'ils condamnent le terrorisme et la terreur comme moyen d'action. Qu'ils cessent les touristes comme des "étrangers" et le tourisme comme une activité "étrangère". C'est à eux de parler et à nous de poser ces questions tant qu'elles n'auront pas reçu de réponse.

Maurice Goldring 

Par maurice - Publié dans : basque
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Samedi 10 février 2007 6 10 /02 /Fév /2007 18:23

Le centre d'études basques (Eusko ikaskuntza) vient de publier les résultats d'une enquête réalisée sur les sept "provinces basques" auprès de plus de 3800 personnes, dont 1610 en pays basque français. Thème général : qu'est-ce que c'est que d'être basque ?

Intéressant d'apprendre que c'est d'abord : parler le basque, danser le mutxiko et jouer à la pelote (mais aussi, en France, chanter). Ouf, tout cela nous rassure. A part la langue, éminemment culturelle, il ne s'agirait donc que de folklore !

Un peu plus génant, quand même, ce que nous apprend ce sondage à propos des "basques français" : pour eux, la "ondition de "basque" relève avant tout d'un caractère "propre", venant de la naissance. On ne saurait mieux qualifier une conception ethnique de la "basquitude".

Ils auraient certainement à apprendre de leurs amis de la Communauté autonome qui estiment au contraire que cette condition de "basque" se fonde plus sur des facteurs "acquis". Il faut dire qu'il vaut mieux qu'ils laissent toutes les portes ouvertes à l'intégration  de populations étrangères (l'immigration est forte en Euskadi, comme dans le reste de l'Espagne), tant les forces vives ont quitté la région, menacées qu'elles étaient -quand elles n'étaient pas abattues- par les tueurs d'ETA.

Par chag - Publié dans : basque
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Lundi 8 janvier 2007 1 08 /01 /Jan /2007 10:03

Les élus de droite du Pays basque français ne sont toujours pas rentrés de vacances. Ils n'ont rien entendu, la veille du week-end du Premier de l'An, quand ETA a fait sauter une voiture lestée de 200 kg d'explosifs à l'aéroport de Madrid, tuant deux ressortissants équatoriens dans leur voiture en stationnement. Ou alors ce bruit fut tellement assourdissant que leurs oreilles en sont encore occluses, leur voix aphone et leurs mains paralysées. Dix jours après, ils sont toujours en vacance et leur silence n'en est que plus assourdissant !

Brigitte Pradier, une conseillère municipale d'opposition de Biarritz, se prenait récemment à espérer qu'ils n'auraient pas la mémoire aussi courte et que les maires de Bayonne, Anglet et Biarritz, au moins, s'honoreraient en condamnant un attentat qui renvoie à la période la plus sinistre du terrorisme basque, à défaut de demander aux meurtriers de déposer enfin les armes. S'ils devaient le faire, puissent-ils au moins éviter de choisir la date de mercredi, premier jour des soldes !

Les socialistes français, qui ont eux réagi à l'attentat et apporté leur soutien à Zapatero, en profitent au passage pour s'étonner du silence de ces élus locaux dont ils se demandent si la cause ne tient pas à leurs alliances électorales avec les abertzale. En clair, Didier Borotra serait, par amitié, pieds et poings liés avec Jakes Abeberry et le groupe AB; Robert Villenave, par arithmétique électorale, l'otage des nationalistes PNV et AB; et Jean Grenet, par opportunisme, le chantre du multiculturalisme en général et du PNV en particulier.

La fait est que Jean Grenet, qui signe à tour de bras des conventions avec l'Office public de la Langue basque et demande à l'Assemblée nationale l'inscription de la langue basque -et des autres langues régionales- à l'article 2 de la Constitution comme langue officielle de la République, au même titre que le français (langue constitutive, elle, de l'unité de cette même République), veut se poser ainsi, aux yeux des nationalistes, comme le seul défenseur de leur identité. Et s'attirer, sinon leurs bonnes grâces, du moins leur neutralité quand il s'agira de s'opposer à leur adversaire déclaré, le socialiste Jean Espilondo, aux prochaines législatives.

Pur calcul, donc. Mais l'on aurait pu penser que cet homme politique, dont la sincérité démocratique n'est nullement mise en cause, aurait pu se fendre d'une prise de position face au terrorisme basque. Même chose pour Robert Villenave. Mais lui s'accroche à ses alliances constitutives comme à une bouée de sauvetage dans la houle des municipales qui approchent. Même chose toujours pour Didier Borotra, fourrier par ailleurs des échanges avec l'Amérique latine, qui ne s'émeut pas des victimes de l'aéroport de Madrid. Mais chez lui, l'amitié tourne à l'aveuglement. L'alliance électorale tourne à la cogestion politique de la cité avec des nationalistes qui eux, très ostensiblement, se refusent à condamner l'attentat et la fin du "cessez le feu".

Il y a pourtant des moments où il faut choisir. Entre l'amitié et la démocratie, entre l'honnêteté et la compromission, entre le courage et la veulerie électorale.

Parce qu'il ne faut pas s'y tromper, les alliés muncipaux de AB sont de la même eau que les militants de Batasuna. Ils différent sur le terrain de la violence en ne l'approuvrant pas, mais en ne la condamnant pas non plus, mais les rejoignent sur les objectifs. Lors de leurs assises tenues en novembre dernier à Hélette, ils ont bien fait sentir que leur stratégie électorale était celle de l'entrisme, par le biais des élections locales ou de l'action associative. Pour un de leur porte-parole, Peio Etcheverry-Ainciart, c'est la voie qui leur permettra de progresser vers leurs objectifs majeurs : la langue, le rapprochement des prisonniers et la construction nationale (un pays basque, Euskal Herria, composé de ses sept provinces, dont la Navarre et le Pays basque français).

Pour ce qui est des deux derniers points, il s'agit là tout bêtement des revendications d'ETA et de Batasuna. La langue, c'est tout simplement l'histoire du petit doigt : vous le mettez dans la mécanique et c'est la main et tout le bras qui y passent ensuite.

Pour l'Observatoire du Pays basque (www.obpb.over-blog.com) : Christian Aguerre

 

 

Par c.aguerre - Publié dans : basque
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